Remise des insignes de Chevalier de l’Ordre National du Mérite a Docteur Lina Cunha

Cher Docteur, Chère Lina,

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Mon épouse et moi sommes très heureux de vous accueillir ce soir à la Résidence de France, entourée des membres de votre famille et de quelques uns de vos collègues et amis, à l’occasion de la remise des insignes de Chevalier de l’Ordre National du Mérite. Cette haute décoration qui vous a été conférée par Monsieur le Président de la République française vient récompenser un itinéraire personnel tout à fait exceptionnel et les liens particuliers et anciens que vous avez tissés avec la France.

Lina Maria Brito de Cunha, vous êtes le sixième enfant d’une famille d’agriculteurs et de commerçants qui en compte sept. Vous êtes née à Nampula où vous avez vécu et étudié jusqu’à l‘équivalent de notre baccalauréat.

A 14 ans, vous avez décidé de devenir médecin. Cette vocation précoce est fortement motivée par votre désir d’aider les autres, de soulager ceux qui souffrent, à commencer par votre mère qui était affectée par des problèmes cardiaques. Ainsi, dès ce jeune age, vous démontrez un altruisme qui deviendra un trait majeur de votre caractère.

Vous entrez donc à l’Université Eduardo Mondlane à 18 ans et achevez votre formation médicale en 1992 à peine âgée de 24 ans.

Des raisons familiales vous conduisent ensuite au Niger puis en Côte d’Ivoire où vous allez pratiquer la médecine en qualité de volontaire. C’est pendant cette période d’expatriation que naissent vos deux filles.

C’est également alors que vous séjournez dans ces pays africains francophones que vous apprenez la langue française et la culture de ces régions d’Afrique de l’ouest, si riches et si différentes du Mozambique. Vous construisez ainsi peu à peu un lien très fort avec la francophonie et avec la France.

En 1996, vous revenez au Mozambique et vous entamez l’année suivante une formation en gastro-entérologie, discipline dans laquelle vous vous êtes beaucoup investie pendant votre séjour en Côte d’Ivoire.

En 1997, vous vous rendez pour la première fois en France grâce à un stage de quatre mois à l’hôpital Saint Antoine dans le service du Professeur Christian Florent.

En 1999, enfin, vous obtenez une bourse du gouvernement français pour compléter votre formation dans cette spécialité. Pendant deux années et demi, vous allez travailler au Centre hospitalier universitaire de Poitiers, dans le service du Professeur Michel Beauchamps, puis, à la fin de votre séjour, à l’Hôpital Beaujon à Paris.

L’énoncé lapidaire du déroulement de votre vie personnelle et professionnelle ne rend évidemment pas compte des émotions qui sont les vôtres, notamment lorsque, le 12 avril 1999, vous arrivez après un long voyage à la gare de Poitiers où vous cherchez vainement des porteurs pour vous aidez à transporter vos grosses valises. Le flux des voyageurs qui passent sans se préoccuper de votre détresse, comme votre arrivée dans la minuscule chambre de la Cité universitaire de Poitiers avivent le découragement qui vous envahit. Celui-ci ne dure pas cependant et, nous savons bien, nous qui sommes des nomades professionnels, que ces épreuves lorsqu’elles sont dépassées renforcent le caractère de ceux qui les subissent et forgent leur expérience personnelle.

Il vous faudra vous imposer dans le service hospitalier où vous êtes affectée, notamment au cours des premiers mois qui suivent votre arrivée. Il vous faut parfaire votre connaissance de la langue française, il vous faut vivre dans ce pays si différend, il vous faut vous intégrer dans cette grande structure qu’est un CHU, il vous faut améliorer votre pratique médicale. Mais, vous ne vous contentez pas d’apprendre de vos collègues, vous apportez aussi votre expérience africaine, notamment lorsque vous diagnostiquez un accès hépatique amibien sur un patient. Cette affection, très rare en France et courante en Afrique, n’avait en effet pas été détectée par les médecins français.

Votre engagement, votre compétence, votre volonté vont faire de vous l’un des piliers du service. Désormais, vos collègues français, les chefs de service, comme le Professeur Beauchamps, le docteur Jean-Philippe Breux et le docteur Catherine Lacroix, comptent sur vous. Vous ne les décevrez pas.

En 2001, vous soutenez avec succès votre thèse à Tours et vous obtenez votre diplôme. De retour au Mozambique, vous passez l’examen dans la spécialité de gastro-entérologie et vous obtenez le diplôme correspondant avec la mention bien. Le Professeur Beauchamps, extrêmement fier de son élève, a alors fait le déplacement de Maputo pour assister à cet évènement.

Vous êtes affectée au Département de médecine de l’Hôpital central de Maputo et vous êtes nommée Directrice de l’Unité d’Endoscopie digestive. C’est alors qu’en collaboration avec vos collègues de l’Unité, vous entamez une véritable croisade pour la réouverture du service de gastro-entérologie.

Vos capacités professionnelles, comme votre engagement, votre pugnacité, votre inébranlable volonté attirent l’attention des autorités, notamment du Ministre de la Santé, et vous êtes nommées en 2005 Directrice clinique de l’Hôpital central de Maputo. Vous savez alors, avec un grand sens des responsabilités, définir des priorités et mettre en œuvre des programmes d’amélioration de la qualité des services et de l’assistance aux patients.

Mais ces tâches, que vous avez accomplies avec bonheur, vous éloignent de votre spécialité à laquelle vous demeurez très attachée. En 2009, vous obtenez enfin satisfaction et vous êtes nommée Directrice du nouveau service de gastro-entérologie.

Pendant toute cette période, la coopération française vous a suivie et soutenue. En 2006, une convention signée avec l’Hôpital d’Annecy a permis la formation de deux techniciens de l’Hôpital central de Maputo dans le domaine de l’hygiène hospitalière et de la microbiologie. Une subvention de l’Ambassade de France a été attribuée au service de microbiologie en 2006.

En 2007, c’est une subvention de plus de plus de 17 millions de méticaïs qui est allouée par l’Agence Française de Développement afin de réhabiliter les bâtiments du service de gastro-entérologie inaugurés le 28 septembre dernier. Cette subvention permet en outre de financer un programme de formation qui se poursuivra en 2010. Je tiens à souligner combien j’ai été heureux de participer à l’inauguration de ces bâtiments et à l’installation de ce nouveau service de l’Hôpital central de Maputo qui apportera une amélioration qualitative significative dans le traitement des affections concernées. La France est fière d’avoir pu, à travers la formation des soignants, la réhabilitation des bâtiments et le financement d’appareillages modernes, notamment d’endoscopie, participer à cette avancée de la médecine au Mozambique.

Chère Lina,

En dépit de vos lourds engagements professionnels, vous n’avez pas négligé l’enseignement. Dès 1987, vous êtes « monitora » en Anatomie pathologique à la Faculté de Médecine de l’Université Eduardo Mondlane et depuis 1996 vous êtes « assistente academico » en Médecine interne en gastro-entérologie.

Vous avez également publié dans des revues internationales en coordination avec des équipes françaises divers travaux sur les pathologies du foie, et vous êtes co-auteur de plusieurs publications sur les maladies de l’estomac.

Ainsi, au cours de toutes ces années, vous n’avez cessé de renforcer et de diversifier les liens qui vous unissent à notre pays : une bourse d’étude, une parfaite maîtrise de la langue française, des liens professionnels et amicaux avec des universitaires et des médecins hospitaliers français, des publications scientifiques de haute tenue en français, un soutien sollicité et obtenu de la coopération française au Mozambique.

La décoration que je vais vous remettre symbolise ainsi cet engagement constant en faveur d’une amélioration de la pratique médicale dans votre pays. Elle est aussi la reconnaissance des mérites exceptionnels qui sont les vôtres, de votre volonté de mieux servir les patients, de votre pugnacité lorsque vous recherchez des financements ou les moyens nécessaires pour développer votre projet, de votre détermination et de votre dynamisme mis au service d’une médecine de qualité. Elle est enfin le symbole des liens étroits et anciens que vous avez tissé entre nos deux pays et un encouragement à poursuivre dans cette voie.

Je suis heureux que cette décoration vous soit remise alors que le service de gastro-entérologie de l’Hôpital central de Maputo est, depuis quelques jours, en fonctionnement. Elle vient ainsi couronner les efforts que vous avez accomplis depuis tant d’années et qui viennent d’aboutir.

Docteur Lina Maria Brito de Cunha,

Au nom du Président de la République, je vous fais Chevalier de l’Ordre National du Mérite.

Muito Obrigado pela vossa atenção.

Dernière modification : 30/03/2011

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