Discours de l’Ambassadeur à l’occasion de la remise des insignes de Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres à M. Mia Couto

Monsieur Mia Couto, cher Maître,

Monsieur le Premier Ministre,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs,


Je suis très heureux et honoré de vous accueillir ce soir dans les salons de la Résidence de France à l’occasion de la remise des insignes de Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres à M. Mia Couto.

Faire l’éloge du récipiendaire de ce jour est une tâche difficile, tant Monsieur Mia COUTO est un écrivain connu et reconnu non seulement au Mozambique, sa terre natale, mais aussi en Afrique où il est célébré comme l’une des plus grandes plumes contemporaines et dans le monde entier où ses œuvres sont traduites en plus de vingt deux langues.

Toutefois, il me revient de me prêter à cet exercice périlleux où le diplomate se confronte au talent de l’écrivain, et c’est avec humilité, mais aussi avec fierté, que je vais tenter d’évoquer les multiples facettes de l’écrivain inspiré que vous êtes.

Antonio Emilio Leite COUTO, vous naissez le 5 juillet 1955 à Beira dans une famille portugaise récemment émigrée au Mozambique. Très tôt vous développez une fibre littéraire puisque, dès l’âge de 14 ans, vous publiez quelques poèmes dans le journal Noticias de Beira. C’est dire si l’appel de l’écriture et l’art des mots sont enracinés au plus profond de votre être.

Arrivé en 1971 dans la capitale, Lourenço Marquez à l’époque, vous commencez des études médicales que vous abandonnez cependant en 1974 pour la vie plus exaltante du journaliste. Il faut dire que la période s’y prête, avec les soubresauts de la Révolution des Oeillets au Portugal. La fin de la dictature Salazar et l’indépendance des colonies exacerbent les volontés de participer à l’Histoire. Vous n’y échappez point ! Engagé dans la lutte de libération nationale, vous avez développé une conscience politique et sociale que l’on retrouvera - j’allais dire naturellement - dans l’ensemble de vos ouvrages, dans vos prises de positions publiques, comme votre Lettre à Bush, ou dans vos chroniques telles Pensatempos : textos de opiniao. Directeur du journal Il Tempo en 1981, vous poursuivez ensuite votre carrière journalistique auprès du journal Noticias jusqu’en 1985, date à laquelle vous reprenez des études de biologiste pour mettre vos actions en conformité avec votre engagement en faveur de l’environnement et de la défense des biodiversités.

C’est à cette époque que parallèlement à votre métier de journaliste, s’ouvrent les prémices d’une carrière d’écrivain avec la publication en 1983 d’un premier recueil de poèmes – Raiz de Orvalho- avec l’appui de l’Association des Écrivains Mozambicains. Chantre du peuple mozambicain, vous révolutionnez l’écriture littéraire en puisant dans le lexique et le vocabulaire des différentes régions du pays, les germes d’une nouvelle langue, une sorte d’expression magique alliant musicalité, patrimoine linguistique et innovation sémantique. Puisant dans les réalités du Mozambique et dans l’imaginaire des populations rurales, la langue que vous faites émerger est métissée, inspirée par la culture orale africaine et la culture écrite occidentale. Terre somnambule, en 1992, sera le premier roman de cette fécondité luso-africaine où s’enchevêtrent l’Homme, les dieux et la nature. Mêlant l’écriture onirique au réalisme animiste, vous devenez le magicien multiforme de cultures en voie de mondialisation, riches de leurs différences, intenses de leurs imaginaires cacophoniques, où se dévoile un profond humanisme tiré de vos racines mozambicaines. Tour à tour poète, romancier, dramaturge, chroniqueur, essayiste, pamphlétaire ou conteur, vous utilisez toute la palette des styles pour défendre une certaine idée de l’existence, avec l’éclairage subtil d’un profond amour de votre pays. Traducteur de la nécessaire réconciliation des générations dans Terre Somnambule, passeur entre la vérité et la folie dans Mar me quer, séducteur des déesses callipyges de vos romans, vous peignez à la manière d’un impressionniste la réalité troublante des choses de la vie, comme le veilleur sur le bateau regarde l’horizon. Le dernier vol du flamant, fable chaotique portée récemment à l’écran par le cinéaste Joao RIBEIRO, s’élève contre les vies brisées par l’éclat des guerres, l’indigence des gouvernants et la cécité de la communauté internationale. Ainsi votre témoignage s’ajoute à ceux jadis de Voltaire, Hugo et Camus sur l’engagement des intellectuels et la nécessaire conscience de cet engagement pour agir sur le monde qui les entoure.

C’est dans le prolongement de votre parcours d’écrivain que plusieurs prix sont venus récompenser l’œuvre que vous construisez roman après roman, jour après jour, mot après mot. Ainsi en 1999 vous avez reçu le prix Vergilio FERREIRA, en 2001 le prix Mario Antonio et en 2007 le prix international de l’Union latine des Littératures romanes.


Mais, engagé vous l’êtes aussi dans votre combat quotidien pour la protection de la nature. Auteur de nombreux articles de sensibilisation, vous avez mis votre notoriété internationale au service de ces enjeux planétaires que sont la sauvegarde de l’environnement et la promotion de la biodiversité. Acteur de développement, vous accomplissez cette révolution copernicienne, notamment dans votre travail au parc transfrontalier du Limpopo, en remettant l’Homme au cœur de la nature, avec ses droits mais aussi avec ses obligations.


Mia COUTO,

Vous n’avez eu de cesse de rendre vivante cette maxime que le lecteur peut savourer dans Terre Somnambule : écrire c’est apprendre aux gens à rêver.

Au nom de cet engagement universel et permanent qui est le vôtre, au nom de cet apprentissage du rêve par l’écriture, au nom de votre contribution à l’enrichissement de la littérature contemporaine, je voudrais vous remercier de porter, dans l’ensemble de votre œuvre, l’esprit des Lumières, cet humanisme universel dont nous avons tant besoin dans le monde d’aujourd’hui.


Monsieur Mia COUTO, au nom du Ministre de la Culture et de la Communication, je vous fais Chevalier des Arts et des Lettres.


Obrigado./.

Dernière modification : 30/03/2011

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